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Le plan mondial de restructuration mis en place par Kodak affecte aujourd’hui le site de Chalon-sur-Saône qui compte actuellement 1700 emplois dont 340 vont être supprimés. Spécialisé dans le traitement cinématographique professionnel et la radiographie médicale, le site de Chalon-sur-Saône avait déjà été touché par un plan social au mois d'octobre 2004, lequel avait aboutit à la suppression de 270 emplois et à la cessation des activités relatives au traitement des films argentiques Kodakolor. Bien que cette décision provoque un véritable choc et sensibilise fortement les acteurs économiques de la région, notons que cette restructuration s’applique dans le cadre d’un plan mis en œuvre depuis plusieurs mois et n’est pas réellement une surprise. En effet, l'annonce d'un nouveau plan social était attendue par les syndicats, évoquée en mai par Jean-Pierre Martel, le PDG de Kodak Industrie, filiale française du groupe américain Eastman Kodak.
12000 à 15000 emplois devraient être supprimés sur trois ans à travers le monde. Depuis le début de ce plan en 2003, la France, avec Chalon-sur-Saône, fait partie de la liste des pays concernés, tout comme l’Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, le Royaume-Uni et les Etats-Unis avec le site de Rochester, siège du groupe Eastman Kodak.
Quelle réponse est apportée à cette décision ?
La déclaration d’un porte-parole du groupe inonde les services de presse : «Nous sommes dans une brutale transition de technologies, les marchés que nous servons s'écroulent, et Kodak doit réduire ses capacités de production.»
Que pouvons-nous comprendre ?
Il s’agit, selon moi, d’un bouleversement industriel beaucoup plus profond qui affecte tous les secteurs de l’imagerie traditionnelle. Cependant, les conséquences étaient prévisibles, les restructurations mises en place ne sont pas aussi soudaines que l’on voudrait bien nous y faire croire puisque prévues par Kodak depuis quelques années. La transition brutale évoquée par le porte-parole traduirait donc un manque de solutions, ce que je ne crois pas, mais plutôt un prétexte, et les résultats financiers précipiteraient le plan de la société Kodak contrainte d’accélérer sa politique de restructuration comme beaucoup d’autres industries touchées par l’explosion du numérique.
La presse a fait écho de ce fameux «virage numérique» que de nombreuses sociétés n’ont pas su négocier, lesquelles se retrouvent aujourd’hui en marge d’une course économique mondiale dont plusieurs milliers d’employés à travers le monde sont en train de subir les lourdes conséquences. Car il s’agit bien d’un plan mondial de restructuration qui nous interroge et nous mobilise quant au devenir industriel du site de Chalon-sur-Saône, et remet plus largement en question l’avenir du secteur industriel et artisanal photographique en France.
Une transition, certes douloureuse mais irréversible. Mais ne nous voilons pas la face, ce bouleversement social est en très grande partie la conséquence du choix des consommateurs, ici, en France, comme dans d’autres pays. Une loi du marché dictée par les consommateurs eux-mêmes sous l’influence et l’affluence des innombrables publicités vantant les avantages de la technologie et des produits numériques. Mais avons-nous le choix à l’heure où les boîtiers traditionnels disparaissent peu à peu du marché ? Nous sommes en train de précipiter ce bouleversement social et de participer, en qualité d’acteurs et spectateurs, à un tournant historique de l’industrie photographique. Bien que l’événement nous interpelle sur les conséquences de nos actes d’achat, il n’en reste pas moins que ce sont des milliers de professionnels qui se retrouvent actuellement sans emploi. Aujourd’hui, ce sont eux, et demain, cela pourrait être nous sous la contrainte de nouvelles conditions économiques générée par l’industrie du numérique.
Quelles solutions envisagées ?
Tout d’abord, que pensent les intéressés, les acteurs économiques de Chalon-sur-Saône ? Et plus précisément les 38 communes qui composent la première agglomération du département de Saône et Loire (71), le deuxième pôle économique de Bourgogne, «Le Grand Chalon», sous la présidence de Dominique Juillot qui sera reçu par le Ministre de l’Industrie le 4 juillet accompagné de D. Lallement, Préfet de Saône-et-Loire, de M. Allex, Maire de Chalon, de F. Patriat, Président du Conseil Régional, de C. Sirugue, Président du Conseil Général et du Sénateur J.P. Emorine.
Voici un extrait du site Le Grand Chalon :
«Dominique Juillot proposera à François Loos, Ministre de l’Industrie, différentes actions pour que la fermeture annoncée de Kodak ait «zéro impact sur l’emploi et l’activité dans le Chalonnais». Parmi les propositions du Président du Grand Chalon, le renforcement, avec l’aide de l’Etat, de l’agence de développement ADERC pour attirer de nouvelles entreprises, la promotion du site occupé aujourd’hui par Kodak, la mise en synergie de Nicéphore Cité et du pôle Nucléaire et la mobilisation des acteurs publics et privés.»
Il serait intéressant d’avoir un retour d’information sur les solutions que tente de faire aboutir «Le Grand Chalon».
Une nouvelle stratégie pour Kodak
De son côté Kodak réagit symboliquement en plaçant Antonio Perez à la direction générale d'Eastman Kodak, après 25 années passées chez Hewlett-Packard, et depuis avril 2003 à la tête d'une des division de Kodak, afin de remplacer Dan Carp qui mena la restructuration du groupe vers le numérique, mais critiqué pour ne pas avoir engagé plus tôt une restructuration nécessaire, responsable de la suppression de 15 000 emplois. Une restructuration engagée plus tôt aurait-elle vraiment fait varier de manière significative le nombre de suppressions d'emplois ?
L’imprimante jet d’encre, un nouveau marché pour Kodak. Et l’arrivée d’Antonio Perez n’est certainement pas un hasard lorsque l’on connaît la position de Hewlett-Packard sur ce segment. Des imprimantes vendues à bas prix afin d’obtenir une marge confortable et proposer la vente des consommables. Un nouveau segment de développement comme un nouveau point de départ, d’autant que Kodak a annoncé, très récemment, la cessation de la production des appareils DCS Pro SLR/n et DCS Pro SLR/c digital SLRs. Uniquement, le développement des capteurs CMOS et CDD est maintenu. Lorsque l'on connait le prix «irréaliste» des appareils photo reflex numériques Kodak professionnels, on ne peut être étonné d'une telle décision.
Après Contax, c'est donc au tour de Kodak de baisser les bras. Deux marques qui n'ont pas su, ou n'ont pas pu, adapter leur haut de gamme de reflex numérique en tenant compte du pouvoir d'achat des consommateurs. N'aurait-il pas été plus judicieux de s'orienter vers la production d'appareils photo reflex de premier prix, une forme de reconversion actuellement menée avec succès par Canon et Nikon.
Le plan de restructuration de Kodak semble remettre en question l'ensemble des divisions du groupe américain Eastman Kodak au delà de son département «laboratoire photographique». Quelles seront les conséquences de ces nouvelles orientations, et l'influence sur les autres industries photographiques telles que Agfa, Canon et Fujifilm ?
Auteur de l'article : P.R.
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