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TRIBUNE

Marché de la photographie

2005/09/27 - Citoyenneté | Imprimer | Retour / Page précédente |

CHAOS OU RENAISSANCE ?

Les observateurs du secteur de la photographie ont communiqué, ces deux dernières années, un état des lieux du marché. Ces études mettaient en exergue l’industrie de la photographie, ses produits au travers desquels nous avons tous constaté la fulgurante ascension du numérique aux dépends des produits argentiques. A ce jour, si le numérique a bel et bien envahit notre quotidien, que ce soit de l’utilisation de l’Internet, de la production à l’exploitation des œuvres photographiques, nous pouvons également constater les bouleversements causés chez les professionnels par la diffusion de masse des photographies amateurs pour lesquelles s’ouvrent désormais des banques d’images en ligne. Le marché de la photographie sur le réseau des réseaux fonctionne selon des règles pragmatiques, un état d’esprit particulier spécifique à l’utilisation de ce réseau virtuel. Peu importe aujourd’hui le statut de l’auteur, sa notoriété, la loi de l’offre et de la demande ne fait plus de détails, il s’agit de satisfaire, de résoudre un problème de communication par l’image et de trouver «la» bonne image dans cet immense réservoir documentaire à la disposition de tous.

Le libre accès au marché de l’image, sur le Web, abolit les privilèges dont jouissaient les artistes photographes qui exposaient et diffusaient leurs œuvres dans des lieux prestigieux ou reconnus. C’est une très bonne chose, une excellente dynamique afin de répondre à l’arrogance de certains galeristes. Il fut une époque où les décideurs appartenaient à deux ou trois canaux artistiques qui menaient à la notoriété : galeries, musées et autres festivals élitistes. De nos jours, les auteurs ont trouvé, grâce à l’Internet, un autre support de reconnaissance. Cette dynamique est également bénéfique pour les professionnels tant que le marché distingue la production professionnelle de la production amateur, mais cela ne semble pas être toujours ou souvent le cas, et du même coup, la profession est submergée, noyée par une vague déferlante de photographies, la confusion des genres et de la qualité règnent pour la plus grande satisfaction des documentalistes à la recherche de la perle rare bon marché. De surcroît, nous voyons naître des nouveaux systèmes d’exploitation de l’image qui profitent de l’émergence de ces nouveaux acteurs afin de devenir «la» banque d’images prédominante sur le Web.

Finalement, en dehors de ce constat, ce n’est pas si mal pour les auteurs photographes à condition que leur rémunération soit très justement respectée conformément aux droits des auteurs. Ces nouvelles banques d’images en ligne par lesquelles il est possible de vendre ou acheter des photos à des prix raisonnables «low coast» font de réels efforts en ce sens. A contrario, d’autres groupes sont prêts à tout afin de dominer ce marché, je pense notamment à «Adobe Stock Photos» qui propose des photographies en libre de droit et profite de sa position de leader sur le marché des logiciels de traitement de l’image pour imposer sa vision, très discutable, du copyright, nuisant ainsi à la défense des droits des auteurs. Il serait souhaitable que les responsables de festivals photographiques, fabricants et distributeurs, laboratoires, agences de presse, sites web professionnels et amateurs de la photographie soient solidaires de l’Union des Photographes Créateurs pour la défense des droits d’auteurs en se joignant à sa pétition contre le copyright «made in Adobe». Mais l’ensemble de la profession a t-il le courage de s’impliquer pour la survie du droit des auteurs ou préfère t-il se confiner dans la facilité, l'égoïsme, et plier sous le poids de l’impérialiste éditeur de logiciel de traitement d’image ? Il convient donc à chacun d'entre nous, professionnels et amateurs, d'apprécier cette situation afin d'assumer nos responsabilités telle que l'a fait l'U.P.C. en mettant un terme à son partenariat avec Adobe. Mais sans aller jusque là, il est tout à fait possible de revendiquer un droit auprès de la société Adobe tout en continuant à entretenir des bonnes relations avec cet éditeur.

D’autre part, les industriels du marché de la photographie, de l’informatique, de la télématique et de l’audiovisuel, pour ne citer que les sociétés qui entrent dans le cadre de l’imagerie, restructurent, licencient à tours de bras. La Chine devient le nouveau territoire d’exploitation industrielle avec une main d’œuvre très bon marché. Un nouveau modèle serait-il en train de naître, avec la participation, et c’est un comble, de pays moralistes, éducateurs, défenseurs des droits de l’homme. Que font les entreprises européennes et américaines installées en Chine ? Elles profitent du système local chinois dont elles critiquaient pourtant la politique. Aujourd'hui, la Chine s'éveille avec le capitalisme et son modèle favori : les Etats-Unis.
 Bienvenue dans l’univers de la mondialisation, dans la course incontrôlable d’une compétition sans limites où s’affrontent inlassablement leaders et challengers. C’est le monde des grands, des géants et des actionnaires assoiffés de pouvoir et d’argent. Une réalité économique inquiétante pour la France. En effet, des centaines d’industries désertent le territoire français, ses contraintes administratives sclérosantes et ses charges patronales excessives, les plus élevées d’Europe avec la Belgique. D’un autre côté, les syndicats d’entreprise impuissants assistent à cette débâcle, ceux-là mêmes, entre autre, qui ont refusé le Traité établissant une constitution pour l’Europe, pour diverses raisons respectables, cependant ils n’ont pourtant pas dénié travailler pendant des années pour des sociétés étrangères de l’industrie de l’imagerie, et la France, bien qu’elle soit un Etat membre de l’Union européenne, se voit, ces jours-ci, refuser l’aide et l’assistance de Bruxelles en réponse aux licenciements qui touchent les sites industriels français de Hewlett-Packard et de Sony. Quant à Kodak, on ignore le résultat de la rencontre du président du «Grand Chalon» (inclu le site de Chalon-sur-Saône) avec le ministre de l’industrie le 4 juillet dernier. Quoiqu’il en soit, depuis l’année 2003, Kodak développe son marché de l’imprimante jet d’encre sous l’impulsion d’Antonio Perez à la direction générale d'Eastman Kodak, après 25 années passées chez… Hewlett-Packard (voir l’article que j’avais écrit le 25 juin 2005 à ce sujet).

Que reste t-il de la photographie professionnelle ? Des auteurs qui ont tout intérêt à se fédérer afin de défendre leurs droits auprès des agences avides de photographies au meilleur prix. Des magasins qui cherchent une stabilité financière au travers de différentes activités, laboratoire, développement rapide, photos d’identité instantanées, vente de films argentiques et appareils compacts numériques, programme de fidélisation. Mais les reportages photo leur échappent progressivement par la vulgarisation des appareils de prises de vue et d’impression numériques à domicile qui séduisent de plus en plus la cible familiale, par leur simplicité d’utilisation et facilité d’exploitation personnelle. Et sicela ne suffit pas, des bornes de développement pour l'obtention de tirages parpier (à partir de fichiers numériques) sont proposées en self-services dans des lieux commerciaux parfois atypiques.
 Qu’en est-il réellement de l’avenir de la profession de photographe ? Est-ce encore un métier, l’affaire de spécialistes, mode, presse, publicité, ou bien est-ce une activité en passe de devenir un loisir, un créneau artistique pour les puristes de la photographie aptes à rehausser le niveau sans tomber à nouveau dans la création de cercles élitistes très fermés. Pour d’autres, une source de rémunération d’appoint via Internet, ce réseau de communication ultra-libéral qui est en train de bouleverser nos habitudes, nos comportements, et peut-être à terme, notre façon de raisonner, de penser une autre sorte d'exploitation de la photographie. L'Internet comme l'un des principaux vecteurs de la mondialisation dans lequel se fond, aujourd'hui, le marché de la photographie et dans la joute de quelques milliardaires de l'image.

Pascal Richard - 27 septembre 2005

Auteur de l'article : P.R.

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