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Art ou liberté d’expression, ce sont malgré tout des photos de sexe exposées dans une ancienne chapelle. Arles aurait vendu son âme au diable ? La provocation ajoutée à l’exploitation photographique du corps nu s’oppose à la pudeur et fait réagir notre conscience. Lugubre, décalée, semi-pornographique, Alberto Garcia Alix est l’auteur de cette série provocante. Si cette exposition ne peut être soumise à la censure, si l’on doit respecter la liberté de l’auteur et des organisateurs, si cela vous choque, vous avez la possibilité de vous abstenir d’aller voir cette exposition.
Ce genre de provocation ne date pas d’aujourd’hui. Depuis fort longtemps, le corps humain fut le domaine favori de nombreux photographes qui avaient également trouvé dans ce registre un canal médiatique afin d’acquérir une reconnaissance professionnelle ou artistique. Toutefois, l’exposition du photographe hispanique est crue, brutalement sexuelle, voire agressive car elle dépossède l’être humain de son intimité naturelle pour montrer le sexe dans un contexte très éloigné d’une vision noble et du sentiment amoureux comme savait si bien le faire de nombreux peintres et sculpteurs de talent.
Grâce à cette exposition, Arles réussit un coup médiatique. Une stratégie de communication qui fonctionne puisqu’elle consiste à appeler et à exciter la curiosité. Du voyeur au simple vicieux, le culturel perdu dans ce dédale des genres photographiques tentera de sortir du lot par des arguments appropriés afin d’échapper au choc des photos et justifier la démarche artistique d’un photographe espagnol à la conquête de festivals en manque de sensations fortes. Peu importe le registre, malgré tout, il s’agit de faire parler pour montrer que le festival existe au cas où les visiteurs seraient tentés de l’oublier.
Les rencontres photographiques se positionnent différemment. Le sexe s'invite au festival. Arles cède à la tentation et suggère que la photographie aime le sexe et que le sexe aime la photo. Les rencontres photographiques d’Arles s’offrent aux clients les plus audacieux. Assurément, le festival jouit de ces visiteurs d’un nouveau genre. Mais que ces derniers ne s’y trompent pas, il subsistera un phénomène psychologique particulièrement pervers, leur mémoire fera surgir les photos d’Alberto Garcia Alix à la vue d’une simple chapelle, une connexion s’établira inconsciemment avec le souvenir des tirages de ce preneur d’image si particulier. La photographie dont le contenu met en évidence la nudité, le sexe, mise en scène ou exposée dans un environnement, un lieu radicalement opposé, déclenche un mécanisme d’association d’objets et de souvenirs qui restent gravés insidieusement dans la mémoire. Mécanisme que les concepteurs publicitaires savent très bien manipuler. Malgré tout, cette association s’affaiblira avec le temps et selon les personnalités, la chapelle et sa représentation mystique l’emporteront sur le cynisme. Mais il restera des traces de ce dernier.
Ce type d’exposition pose des questions naturellement humaines et importantes : Qu’en est-il de la protection des enfants, du respect des institutions religieuses, et plus encore, du respect des lieux réservés à la méditation spirituelle ? Dans le meilleur des cas, ici, est-il vraiment possible d’évoquer la méditation culturelle ?
Auteur de l'article : P.R. |
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